1) Nous avons entrepris de mettre sur papier les pensées qui traverseraient notre esprit pendant un compte à rebours, comme si nous étions nous-mêmes astronautes. Bien entendu, nous avons dû faire appel à notre imagination. Nous sommes donc curieux de savoir à quoi vous pensiez pendant les dix dernières secondes du compte à rebours de votre dernière mission? (Siwan Powell Williams)
Les membres d'équipage gagnent leur siège environ quatre heures avant le lancement et passent la majeure partie de cette période à vérifier la liste de contrôle de prélancement. Nous sommes alors très occupés, mais le compte à rebours prévoit quelques périodes d'arrêt pour nous donner le temps de penser au décollage et à la mission qui va suivre. La dernière consigne de la liste de contrôle nous demande de baisser la visière de notre casque et de mettre en marche le système d'alimentation en oxygène de notre combinaison spatiale. On est alors à deux minutes du décollage. Lors de la mission STS 90, j'étais l'ingénieur de vol en second à bord de la cabine de Columbia et j'avais pour tâche d'allumer un enregistreur de voix à moins deux minutes. Une fois cela fait, il restait 30 secondes avant le décollage. Je me souviens d'avoir regardé le ciel bleu par le hublot et de penser que c'était une journée idéale pour nos invités qui assistaient au lancement. À moins 15 secondes, j'ai compris que j'avais sous moi une fusée ayant une force de propulsion de 7 millions de livres. Un véritable rappel à la réalité. Il restait alors six secondes avant le lancement et les moteurs principaux se sont allumés. C'est là qu'on peut sentir la navette vibrer à tout rompre parce que malgré la poussée, elle est retenue au sol par d'énormes boulons jusqu'à l'allumage des propulseurs auxiliaires à poudre à zéro seconde. Le décollage de l'orbiteur s'amorce. Les moteurs principaux s'allument à six secondes avant le décollage pour permettre aux ordinateurs d'en vérifier le bon fonctionnement.
2) Combien de temps faut-il à la navette spatiale pour rejoindre la Station spatiale internationale, et où se trouve la station? (Ffion Jones et Bethan Perry)
Le rendez-vous et l'amarrage de la navette avec l'ISS se produisent au troisième jour de notre mission. On pourrait y arriver au deuxième jour, mais ce jour-là l'inspection des tuiles protectrices de l'orbiteur nous occupe beaucoup. L'ISS évolue autour de la Terre sur une orbite inclinée à 51 degrés et à une altitude d'environ 400 kilomètres.
3) Depuis l'espace, est-ce qu'on peut voir la Terre tourner sur elle même?
(Anna Rees et Siân Owen)
La navette fait le tour de la Terre toutes les 90 minutes, puisque nous nous déplaçons 25 fois plus rapidement que la vitesse du son. Cela représente environ une distance de 10 km à la seconde (le temps de faire claquer vos doigts, la navette a parcouru 10 km). Lorsqu'on regarde la Terre d'en haut, on la voit se déplacer très rapidement sous la navette. En fait, nous voyons un lever et un coucher de Soleil toutes les 45 minutes!
4) Qu'avez-vous vu et entendu dans l'espace? (Hannah Innes et Anna Stenner)
L'intérieur de la navette et de l'ISS est pressurisé à 760 mm Hg/14,7 psi. C'est la même pression que sur Terre. La composition de l'atmosphère est également la même (80 % N2 et 20 % O2). Outre l'absence de pesanteur, on se croirait dans le simulateur de la navette au sol. Grâce aux haut-parleurs de la cabine de pilotage et du compartiment intermédiaire, on entend toutes les communications radio provenant du centre de contrôle de mission. Ce qu'on voit par les hublots de la navette est époustouflant! Si on survolait le Pays de Galles, on pourrait aisément voir la ville de Cardiff. C'est amusant de regarder les villes tout illuminées la nuit. Quand on survole l'Afrique et l'Amérique du Sud la nuit, on peut apercevoir les éclairs des nuages orageux et les feux en activité.
5) Dans l'espace, avez-vous déjà vu un phénomène que vous ne pouviez pas expliquer? (Joshua White et Harry Powell)
Pas vraiment. Lors de la mission STS-90, j'ai aperçu quelque chose de chatoyant à environ six pieds d'un hublot de la navette. Il s'agissait d'un petit morceau de glace qui s'était probablement détaché du réservoir externe.
6)Avez-vous eu des moments d'inquiétude lors de votre précédente mission à destination de la Station spatiale internationale, et êtes-vous inquiet à l'approche de votre prochaine mission? (Joe Paddison et Geraint Evans)
Il s'agira de mon premier voyage vers l'ISS. Lors de mon vol précédent, j'ai passé 16 jours à effectuer des travaux de recherche à bord du Spacelab de la navette. J'avais pour tâche d'examiner comment le système nerveux s'adapte à la microgravité. Chaque fois que nous partons pour l'espace, nous essayons d'identifier et d'atténuer tous les risques associés au vol. Dans le programme spatial, nous ne prenons pas de risque; nous les gérons. Ma plus grande inquiétude au sujet de la mission STS 118 porte sur la crainte d'oublier certaines tâches que je dois accomplir et de me tromper!
7) Que ressent-on lorsqu'on entre dans l'atmosphère terrestre après avoir séjourné dans l'espace? (Michael Powdrill)
À la fin d'une mission, on est fatigué et il semble que la force de la gravité a augmenté après un séjour en impesanteur de quelques semaines. Je me souviens d'avoir levé les bras au dessus de la tête et de penser qu'ils étaient beaucoup plus lourds qu'auparavant!
8) Avez-vous toujours voulu être un astronaute? (Nia Jones et Carys Williams)
Vers l'âge de sept ans, j'ai commencé à penser que je voulais devenir astronaute. J'ai vu les premiers astronautes de la NASA à la télévision. À cette époque, le Canada ne s'était pas encore doté d'un programme de vols spatiaux habités. Je pensais alors ne pas pouvoir réaliser mon rêve. Mais heureusement, le Canada est devenu une puissance spatiale et j'ai eu la chance de poursuivre mes aspirations et de réaliser mon rêve.
9) La navette a-t-elle déjà eu des problèmes de fonctionnement? A-t-elle déjà été heurtée par un astéroïde ou autre chose en orbite? (Holly Dawkes et Jonathon Rainford)
Lors de mon premier vol spatial, le système d'élimination du dioxyde de carbone a mal fonctionné. On a immédiatement trouvé le problème et réparé le système sans difficulté. Le hublot du côté du commandant a également été un peu abîmé probablement par ce qu'on appelle un micro-débris météorique/orbital.
10) Y a-t-il des déchets dans l'espace? De quoi sont-ils composés et que va-t-il leur arriver? (Aled Herbert et Evan Rees)
Oui, il y a des déchets dans l'espace. Ils finiront par retomber dans l'atmosphère terrestre et se désintégrer en brûlant. Dans l'intervalle, ils risquent d'entrer en collision avec un satellite ou un engin spatial. C'est pourquoi on est à conclure des ententes internationales qui visent à ce que les déchets soient rapportés sur Terre. La NASA surveille un certain nombre d'objets dans l'espace pour s'assurer qu'ils ne heurtent pas la navette ou l'ISS.
11) Y a-t-il des exigences physiques à respecter avant de pouvoir postuler un emploi d'astronaute? Taille, poids, capacité de faire 20 extensions de bras?
Il n'y a aucune exigence particulière du point de vue de la condition physique, mais les astronautes doivent être en bonne forme, laquelle sera déterminée par l'examen médical de sélection. On n'exige pas de pouvoir faire un nombre précis d'extensions de bras ou de redressements assis. Il y a toutefois des exigences anthropométriques qui sont fondées sur la taille des combinaisons et des engins spatiaux avec lesquels les astronautes seront appelés à travailler. Un bon exemple de restriction en matière de taille des astronautes serait l'engin spatial Mercury, qui est une capsule de petites dimensions. Les 7 astronautes initiaux devaient avoir une taille qui leur permettait de prendre place dans la capsule. Voilà un point intéressant sur lequel les élèves pourraient se pencher pour concevoir un engin spatial.
12) Une fois que vous êtes devenus astronautes, y a-t-il un programme particulier de conditionnement physique à suivre? Si c'est le cas, en quoi consiste-t-il?
Une fois sélectionnés comme astronautes, nous devons subir tous les ans une évaluation de notre condition physique au cours de laquelle les points suivants sont examinés : le temps qu'il nous faut pour parcourir 1,5 mille, le nombre de redressements assis et d'extensions de bras que nous sommes capables de faire en une minute, le nombre de tractions à la barre fixe que nous sommes en mesure de faire, le poids que nous pouvons déplacer au développé des jambes ainsi que notre souplesse. Un groupe d'entraîneurs met au point un programme adapté à nos besoins - c'est un aspect très important lorsque nous sommes appelés à faire des sorties extravéhiculaires (EVA). Mon entraînement EVA a un volet aérobique et un volet résistance. Pour l'aspect aérobique, je cours en général entre 16 et 20 milles par semaine, à raison de 4 milles à la fois (de 4 à 5 fois par semaine). Après cela, je fais de haltérophilie pendant environ 90 minutes avec des poids libres et sur des machines de manière à augmenter ma résistance et mon endurance, surtout au niveau des membres supérieurs.
13) En quoi votre programme de conditionnement physique change-t-il lorsque vous êtes sélectionnés pour un vol spatial? Êtes-vous suivis? Par qui? Êtes-vous obligés de faire une centaine de demi-redressements assis pour entrer dans une combinaison spatiale?
Certains font plus d'exercices lorsqu'ils sont sélectionnés. Dans mon cas, rien ne change, que je sois affecté ou non à une mission. À mon avis, l'important c'est de toujours être en forme. Le seul contrôle se fait lors de l'évaluation annuelle du conditionnement physique, et les résultats sont transmis à chaque astronaute. Il n'y a pas de suivi en temps réel, mais on voit très bien qui est en forme et qui ne l'est pas lorsqu'on s'entraîne dans des conditions et des milieux aussi rigoureux et difficiles.
14) Quelle est votre performance à la course?
Je cours de 4 à 6 milles, à un rythme de 9 minutes par mille - je vise l'endurance et la longévité et non pas la vitesse. Pour quelqu'un de 53 ans, ce n'est pas si mal! Je soulève des séries de 3 poids avec 8 à 15 répétitions par série. De façon générale, je fais des flexions d'avant-bras avec des barres à disques de 35 à 40 lb, je peux faire un développé couché avec l'équivalent de mon poids (190 livres) et faire un développé des jambes de 560 lb. Au dernier examen annuel, j'ai fait 63 redressements assis en une minute et entre 50 et 55 extensions de bras, je crois. Je n'ai absolument aucune souplesse, mais je fais des efforts pour améliorer cet aspect :-)