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Journal de Dave Williams

Jours d'entraînement :

 

Jours de mission :

 

Jours d'entraînement

Journal d'un océanaute – Jour 1 de l'entraînement

Voilà 34 ans que je rêve de vivre dans un habitat sous-marin. Mon premier rêve, à l’âge de sept ans, était d’aller dans l’espace, mais comme cela semblait inaccessible, j’ai adapté mon rêve, qui s’est transformé en désir d’apprendre la plongée sous-marine et de vivre dans un habitat sous-marin. Mes émissions préférées comprenaient Le monde sous-marin de Jacques Cousteau et j’ai aussi regardé les reportages sur les missions de Mercury, de Gemini et d’Apollo. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, moi aussi, j’irais dans l’espace à titre d’astronaute de l’Agence spatiale canadienne, avant même de réaliser mon autre rêve, celui de vivre sous l’eau et d’explorer un environnement que certains appellent « espace atmosphérique ». Ce que je vis aujourd’hui confirme ce que j’ai appris au cours de la sélection des astronautes : les rêves peuvent se réaliser grâce au travail acharné, à la patience et à la persévérance.

L’équipage de cette mission est composé de Bill Todd (commandant), de moi-même (spécialiste de mission), et des astronautes Mike Lopez-Alegria et Mike Gernhardt. La journée a commencé par la rencontre avec l’équipe de plongée au National Undersea Research Center. C’est l’équipe qui supervisera notre mission conjointe NASA/NOAA dans l’habitat sous-marin Aquarius, situé à 18 m de profondeur, près de Key Largo, en Floride. Après cette rencontre, notre équipe s’est mise au travail en nageant 400 m chronométrés, puis en nageant debout en nous servant seulement de nos jambes!

Avec les encouragements continuels de notre médecin de l’air, Jean-Marc Comtois, nous avons ensuite plongé à 25 m sous l’eau. Puis, nous avons continué avec d’autres exercices afin d’expérimenter le défi potentiel que représente une panne d’oxygène sous l’eau – une leçon essentielle pour un océanaute! Après les cours sur notre équipement de plongée et un dîner rapide, nous sommes allés en mer pour une séance de plongée de 50 minutes durant laquelle nous avons répété certaines procédures de plongée pour nous familiariser avec le nouvel équipement.

Demain, nous nous levons tôt pour assister à nos cours dès 8 h, suivis d’une séance de plongée à 10 h.

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Journal d'un océanaute – Jour 3 de l'entraînement

L’horaire de la journée a été changé à cause de la météo prévoyant des vents forts et des vagues de 1 à 1,5 m. À cause de la difficulté de plonger dans des vagues de plus de 1,5 m, nous avons décidé d’aller plonger avant que les vagues ne soient trop grandes. Après un bref cours sur le fonctionnement du câble d’attache - durant lequel nous avons appris à installer les câbles d’attache pour nous aider à retourner à la station et pour retrouver notre compagnon lorsque la visibilité est faible - nous nous sommes embarqués pour deux plongées afin de nous exercer avec le câble d’attache.

La première plongée à près de 14 m nous a permis de mettre en pratique les procédures relatives au câble d’attache que nous avons apprises au sol. La seconde plongée était plus exigeante, car nous devions répéter les mêmes procédures mais sans notre masque. Dans l’eau salée qui nous piquait les yeux, nous avons travaillé avec nos coéquipiers pour retrouver les câbles qui nous ramèneraient jusqu’à la station. Lorsque nous avons terminé notre dernière plongée, les vagues atteignaient 1,5 m. Nous sommes donc revenus au quai pour continuer notre formation.

Les cours de l’après-midi portaient sur le compas et sur la navigation sous-marine. Nous avons ensuite mis nos connaissances en pratique en naviguant dans la rue avec une serviette sur la tête pour nous bloquer la vue, en utilisant notre compas pour nous déplacer d’un point à l’autre! Le dernier cours avant le souper touchait la plongée de nuit. C’est important pour notre équipe à cause du nombre de séances de plongée de nuit qui sont prévues dans notre horaire. Après une brève pause pour le souper, nous nous sommes rassemblés pour assister à un cours sur la photographie vidéo sous l’eau et pour nous exercer avec les caméras.

Les prévisions météo pour demain annoncent une mer trop houleuse pour la plongée. Nous passerons donc une partie de la journée en cours, et nous aurons congé dans l’après-midi. Alors que notre sprint de formation continue, notre équipe d’océanautes devient de plus en plus excitée à l’idée de plonger à saturation.

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Journal d’un océanaute – Jour 4 de l’entraînement

On a prévu qu’aujourd’hui serait une journée sans plongée à cause des vents forts et des grosses vagues à proximité de l’habitat. La matinée a été consacrée à des exposés sur les procédures d’urgence qui se rapportent à l’habitat et sur un certain nombre de dispositifs de survie. La formation a été excellente et beaucoup des situations d’urgence envisagées ressemblent à des situations qui pourraient se présenter à bord de la navette ou de la Station spatiale et pour lesquelles nous avons déjà reçu un entraînement. Un incendie est toujours à redouter dans un tel milieu et nous nous sommes rappelé à quel point la prévention, une détection rapide et une intervention immédiate sont importantes. Nous avons également passé en revue les procédures d’évacuation advenant la nécessité de quitter l’habitat. Après le dîner, chaque océanaute a été examiné par le médecin de la marine qui apportera son soutien à la mission. Il s’agissait surtout d’un examen neurologique détaillé visant à recueillir des valeurs de référence avant le début de la mission.

C’est particulièrement important puisque le mal de décompression est l’un des risques de la plongée à saturation. Aussi appelée maladie des caissons, cette complication est due à la formation de bulles dans les tissus de l’organisme après une remontée trop rapide des profondeurs. Lorsque ces bulles se forment dans les articulations, elles provoquent de la douleur, alors que dans le cerveau et la moelle épinière, elles peuvent causer un large éventail de symptômes neurologiques. Un examen neurologique détaillé avant une mission permet de diagnostiquer plus rapidement la maladie des caissons.

Jean-Marc a également fourni un soutien médical en vue de la mission et est devenu un véritable membre de notre équipe. Il a pris part à toutes nos plongées d’entraînement, et son enthousiasme et son constant empressement ont été fort précieux pour notre équipe. Il nous manquera pendant notre séjour sous l’eau, et c’est avec plaisir que nous l’accueillerons lorsqu’il nous rendra visite à l’habitat.

Monika et Mark sont les deux océanautes de réserve de la NASA qui s’entraînent avec nous. Les six océanautes de notre équipe sont devenus très proches au cours de l’entraînement et l’absence de nos océanautes de réserve dans l’habitat nous semblera étrange. Heureusement, ils plongeront tous les jours pour photographier nos travaux de recherche sur le récif et nous aurons la chance de travailler ensemble sous l’eau.

La journée de demain sera entièrement consacrée à l’entraînement et deux plongées et un exposé scientifique sont prévus.

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Journal d’un océanaute – Jour 5 de l’entraînement

Le départ pour les deux plongées d’entraînement avait été fixé à 8 h, mais dame nature n’était pas de notre côté. Tout s’opposait à notre départ : vents violents, pluie battante, tonnerre et éclairs. Nous n’avons cependant pas perdu notre temps, car nous en avons profité pour achever la liste des vêtements et du matériel qui seraient descendus à notre intention dans l’habitat à l'aide d'une nacelle.

Heureusement, vers 10 h 30 le temps s’est amélioré, ce qui nous a permis de monter à bord du navire de recherche. Sous une faible pluie et vêtus de nos combinaisons de plongée, nous avons levé l’ancre en direction de l’habitat. Les combinaisons nous protégeaient de la pluie et nous tenaient au chaud tandis que le navire tanguait de 1 à 1,5 mètre sous l’effet des vagues. Une fois le navire rendu à la bouée d’amarrage située à proximité de l’habitat, tout le monde voulait sauter à l’eau le plus rapidement possible pour rejoindre l’environnement paisible auquel nous nous étions habitués.

À la première plongée, nous avons exploré le fond sous-marin au nord-est de l’habitat. Nous avons commencé par descendre vers le pavillon, qui est en quelque sorte un petit abri dont la partie supérieure est remplie d’air pour permettre aux océanautes de se parler, de communiquer avec l’habitat et de remplir leur bouteille d’air. Ce pavillon se trouve à l’extrémité de la ligne d’excursion nord-est qui mène à l’habitat. Après s’être exercés à remplir nos bouteilles, nous avons quitté le pavillon en suivant la ligne jusqu’à l’habitat. C’est à ce moment que nous avons pu voir pour la première fois le relief sous-marin aux alentours de l’habitat. Nous avons aperçu une multitude de poissons de récifs tropicaux, et un requin nourrice de 1,5 mètre de long est passé devant nous, indifférent à la présence des huit plongeurs. Après avoir jeté un coup d’oeil à l’habitat, le groupe est remonté à la surface pour une dizaine de minutes, le temps d’éliminer l’azote qui s’était dissout dans nos tissus organiques alors que nous nagions en profondeur.

Après cette courte pause à la surface, nous avons replongé vers le fond afin de nous exercer au déploiement de bouées de sécurité vers la surface. Cet exercice fait partie de l’entraînement poussé que nous avons suivi en matière de procédures d’urgence. Nous avons tous réussi à déployer nos bouées et nous avons achevé l’excursion en suivant une autre ligne menant vers un pavillon situé au sud-est de l’habitat. De retour au quai, la bonne douche chaude que nous avons prise était plus que bienvenue.

Même après deux plongées bien remplies, l’entraînement s’est poursuivi par des séances d'information sur les principaux objectifs de la mission dans le domaine des sciences de la mer. Nous évaluerons la croissance des coraux en divers points du récif et prélèverons des échantillons d’eau afin d’en déterminer les concentrations en nutriments pour le chercheur Steve Miller de la NOAA.

Demain, nous aborderons notre dernière journée d’entraînement avant de pénétrer dans l’habitat. Nous avons tous très hâte d’entreprendre la mission et nous attendons avec impatience le moment où nous allons passer de candidats océanautes à de véritables océanautes.

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Journal d’un océanaute – Jour 6 de l’entraînement

Ce matin, notre première séance d'information a débuté à 10 h par une revue des objectifs de la mission et des activités extravéhiculaires (EVA). En raison de la complexité des sorties à l’extérieur de l’habitat et de leur ressemblance avec les sorties dans l’espace, nous avons jugé approprié de les désigner EVA. Une fois la séance terminée, nous nous sommes préparés pour notre plongée finale. La dernière étape que l’équipe devait franchir consistait à pénétrer à l’intérieur de l’habitat, d’en faire le tour et de revoir nos procédures de sécurité et d’urgence.

Lorsque nous sommes montés à bord du navire en direction de l’habitat, la pluie qui avait commencé à tomber la veille s’est transformée en une fine bruine. Pour cette plongée, nous n’allions pas utiliser notre équipement technique, car nous voulions simplement descendre le plus rapidement possible vers l’habitat. Le scaphandre autonome utilisé pour cette plongée nous a tous semblé bien plus simple et moins contraignant que notre autre combinaison. En entrant dans l’habitat par le sas partiellement immergé, nous avons tout de suite remarqué que nos voix étaient différentes. Cela est attribuable à l’air plus dense qui règne à bord de l’habitat à 15 mètres sous l’eau. Ryan et Mark, les techniciens de la NOAA assignés à la mission de l’habitat, étaient là pour nous accueillir et pour nous faire visiter les lieux. Notre longue semaine d’entraînement a alors pris tout son sens tandis que les techniciens ont passé en revue les nombreuses procédures de sécurité essentielles à la réussite de la mission. C’est bien à contrecoeur que nous avons quitté l’habitat pour remonter vers le navire. Un peu comme à la veille d’un lancement de navette, nous sentions tous monter en nous un sentiment d’enthousiasme à l’idée de la première mission NASA/NOAA à bord d’Aquarius. Nous vivrons demain une journée extraordinairement stimulante dont le début sera marqué, à 10 h, par la plongée
« d’amerrissage » à destination de l’habitat.

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Jours de mission

Journal d’un océanaute – Jour 1 de la mission

Ce matin, nous sommes montés sur le bateau sous une pluie légère, en direction SE, vers la station Aquarius. Les vagues, d’environ 1,2 mètre, nous semblaient plus grosses que cela durant notre trajet houleux vers ce qui nous servira de maison pour la prochaine semaine. Une brume collait à la surface de la mer et obstruait la visibilité, mais Fred, notre capitaine de bateau, s’est très bien débrouillé en nous amenant jusqu’à un amarrage près de la bouée d’équipement de vie située au-dessus de la station. Après avoir enfilé notre équipement de plongée, nous sommes sautés à l’eau deux par deux et à 9 h 56, nous descendions vers la seule station scientifique sous-marine au monde. Contrairement au vol de huit minutes et demie qui nous mène dans l’espace, durant lequel plus de trois millions de kilogrammes de poussée nous propulsent jusqu’en orbite, la baignade jusqu’à la station nous a semblé agréablement irréelle. Une fois arrivés à la station, nous avons pris contact avec l’équipe d’Aquarius avant de commencer notre première activité extravéhiculaire (séance de plongée). Nous avons quitté la station à 10 h 04 – les quatre océanautes que nous sommes entamaient leur première vraie séance de plongée à partir d’une station sous-marine. Nous avons suivi le câble d’excursion jusqu’à la station intermédiaire du SE, située dans une zone appelée le pinacle. Après avoir exploré les environs de la station intermédiaire, Mile LA et Mike G (l’équipe d’océanautes Bravo) sont entrés dans la station intermédiaire pour remplir leurs bonbonnes. Lorsqu’ils ont terminé, Bill et moi sommes entrés pour remplir les nôtres pendant que l’équipe Bravo longeait le câble d’excursion qui nous ramène jusqu’à la station. C’était une expérience étrange de se tenir debout dans la station intermédiaire, à 15 mètres sous la surface, et de pouvoir communiquer avec la station. Nous avons ensuite quitté la station intermédiaire et nagé en suivant le même câble d’excursion que les deux Mike venaient de suivre. Nous avons pris notre temps afin de savourer chaque instant, admirant le récif dont nous étions maintenant des résidents.

Auparavant, la plongée me semblait comme une balade dans les bois – c’était l’occasion d’explorer et d’admirer, tout en restant un spectateur. Devenir un océanaute, c’est comme se trouver dans la nature et en devenir une partie intégrante. Ce fut une prise de conscience extraordinaire pour nous deux. Nos songes furent interrompus lorsque nous avons aperçu une petite anguille tachetée de 46 centimètres de long qui se promenait parmi les coraux. On pouvait facilement voir une morsure, tout près de sa queue, qui nous rappelait qu’un récif de corail est un milieu hostile pour un plongeur considérant le fait qu'on peut y rencontrer des créatures plus imposantes que nous. Plus loin le long du câble d’excursion, nous avons vu une grande murène de 1,8 mètre de long enroulée dans une grotte de corail. Sa bouche s’est ouverte puis refermée, faisant circuler l’eau dans ses branchies pour en extraire l’oxygène et pour pouvoir respirer. En cheminant le long du câble d’excursion, nous avons observé qu’en plus des barracudas qui sont toujours présents, un petit requin bordé passait dans les parages, tout en s’éloignant de nous. À proximité de la station, les poissons de récifs étaient nombreux et colorés. Leur danse sous-marine fut un excellent spectacle de bienvenue pour nous.

Nous avons terminé notre séance de plongée à 11 h 53 en entrant par la plateforme d’entrée et de sortie, et nous y avons nettoyé notre équipement, rempli nos bonbonnes et pris une douche avant de monter dîner. Le repas était offert par le Centre spatial Johnson (JSC) et se composait des restes de nourriture spatiale du 2e équipage de relève de la Station spatiale internationale (ISS). Gatorade à la limette, soupe aigre-piquante, riz au beurre, porc aigre-doux et brownies au dessert. La dernière fois que j’ai mangé de la nourriture spatiale, c’était à 240 kilomètres au-dessus de la surface de la Terre pendant la mission STS-90, en 1998. Trois ans plus tard, je mange la même nourriture à 15 mètres sous la surface de l’océan. En trois ans, je suis passé de l’espace extra-atmosphérique à l’espace atmosphérique.

À 15 h 15, nous commencions notre deuxième plongée le long du câble d’excursion NE. Notre équipe de quatre océanautes s’est dirigée vers la station intermédiaire. Nous avons remarqué très tôt la différence de visibilité comparée à celle du matin. La vie marine était semblable à celle que nous avions observée plus tôt, mais aucun banc de poissons ne nous accompagnait. Nous sommes allés à la station intermédiaire pour remplir nos bonbonnes et sommes ensuite retournés à la station Aquarius, après une exploration qui a duré 66 minutes.

Notre installation dans la station fut brève, car nous n’avions qu’à placer nos vêtements près de notre couchette et à faire notre lit. Le souper a eu lieu à 19 h 30, avec comme entrée du riz aux haricots, suivi de fajitas au poulet et au fromage, d’une boisson citron-limette et de barres de chocolat pour le dessert. Lorsque le Soleil fut couché à la surface, nous avons allumé nos lumières pour observer les poissons qui nageaient autour des hublots. Les éclairs qui provenaient d’un orage lointain étaient visibles sous l’eau et me rappelaient les éclairs qu’on pouvait voir de l’espace durant la nuit. Pendant le souper, nous avons eu une courte vidéocommunication avec Monika et Mark pour discuter de l’horaire de demain. Je suis sûr que ce sera une journée passionnante!

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Journal d’un océanaute – Jour 2 de la mission

Aujourd’hui, les membres de l’équipage se sont réveillés à 6 h (HAE). Nous sommes, pour la plupart, péniblement sortis du lit à 6 h 15. Nous avons préparé notre café Kona avec de l’eau chaude « instantanée ». Au petit déjeuner, Ryan nous a indiqué comment utiliser l’appareil photo Coolpix de Nikon inséré dans le boîtier Ikelite pour utilisation sous-marine. Nous nous servirons de cet appareil lors de nos expériences scientifiques sur le récif de même que pour photographier l’équipage lors des EVA (sorties sous-marines) à l’extérieur de l’habitat. Ce matin, le déjeuner était composé de gruau agrémenté de cassonade, d’une quiche aux légumes gratinée et délicatement relevée de sauce tabasco. Nous avons heureusement trouvé un gros sac de café Kona, ce qui nous a permis d’en boire un peu plus avec notre repas.

C’est lors de notre première nuit sous l’eau que nous avons entrepris l’importante transition qui nous fait entrer dans le cercle des quelque 900 océanautes partout dans le monde. Cette transition physiologique s’est amorcée lorsque nous avons dépassé la limite de non-décompression fixée à 100 minutes à une profondeur de 15 mètres. Les océanautes semblent cependant dire que la première nuit passée sous l’eau est l’événement le plus marquant de la transition. C’est différent de ce qui se produit dans l’espace où l’absence de pesanteur, quand on dort, constitue le principal élément de nouveauté et le plus grand défi de la première nuit d’une mission. Mais dormir sous l’eau est une expérience extraordinaire, surtout quand on peut voir par le hublot de l’aire de repos le merveilleux spectacle des poissons illuminés par l’éclairage de l’habitat. C’est comme si nous regardions un aquarium circulaire de 91 centimètres, mais qui en réalité représentait le nouvel environnement dans lequel nous vivions. À la vue de ce spectacle aussi divertissant, il m’a fallu 30 minutes de plus pour m’endormir. La douce valse des poissons soumis aux effets de la lumière m’a beaucoup impressionné. Les bruits discrets de l’habitat produisaient un ronronnement qui nous rassurait quant au bon fonctionnement des systèmes de régulation d’ambiance et de survie.

À 7 h 30 (HAE), Bill et moi avons commencé à enfiler nos combinaisons en vue de notre première sortie (plongée) EVA de la journée. Nous avons suivi la ligne S4 dans le but d’évaluer le super masque Kirby Morgan à fonctions de communications intégrées. Nous avons vérifié la qualité de transmission et de réception du masque à intervalles de 5 mètres le long de la ligne d’excursion ainsi que dans quatre orientations différentes par rapport à l’habitat. Nous sommes descendus jusqu’à 85 mètres de profondeur avant de revenir vers l’habitat et mettre fin à la plongée. Au cours de la sortie, nous nous sommes principalement occupés de réaliser les objectifs d’essai, mais nous avons tout de même pu jeter un coup d’oeil à la vie marine autour de nous. Nous avons aperçu deux pastenagues américaines (raies) et plusieurs barracudas. À notre retour à l’habitat, Mike Gernhardt et Mike Lopez-Alegria ont pris le relais et continué de vérifier l’équipement le long d’une ligne d’excursion différente, orientée vers le nord-est de l’habitat.

Les préparatifs du dîner ont commencé après le retour des deux Mike. Nous avons dégusté un repas composé de soupe minestrone, de brocoli au gratin, de quiche aux légumes et de café Kona. Pendant le repas, Jean-Marc et Rod nous ont rendu visite. On les a vus nous saluer de la main par le hublot situé près de la table dans l’habitat principal. Nous les avons salués à notre tour et pris d’excellentes photos avant qu’ils ne remontent à la surface.

Sans tarder, après le dîner, nous avons revêtu nos combinaisons pour une EVA d’équipe. Au cours de cette sortie, les quatre océanautes allaient rencontrer Steve Miller en vue de poursuivre leur entraînement lié à l’expérience scientifique sur le récif. Ça été pour moi une expérience exaltante que de rencontrer, à l’extérieur de l’habitat et à 15 mètres sous l’eau, le célèbre explorateur canadien des fonds marins Joe MacInnis. Nous n’avons pas pu nous parler, mais nous avons échangé une poignée de main cordiale avant de nous rendre au récif. Il m’a semblé tout à fait opportun de rencontrer Joe pour la première fois sous l’eau. Jamais je n’oublierai ce moment. Le reste de la plongée a été consacré à l’expérience scientifique, nous avons pris des photos pour illustrer la condition de grandes colonies de coraux sur le récif. M. Miller pourra ainsi déterminer les changements que subit la biomasse corallienne du récif et étudier de plus gros coraux que ceux étudiés précédemment. La sortie ayant été assez longue, nous avons dû remplir à deux reprises nos deux bouteilles d’une capacité de 2,8 mètres cubes (100 pieds cubes). Après le deuxième remplissage, Bill et moi avons laissé Mike Gernhardt et Mike Lopez-Alegria terminer l’expérience de prélèvement d’échantillons qui vise à déterminer la teneur en nutriments de l’eau.

À 17 h 30, nous avons mis fin à notre deuxième plongée et nous sommes rentrés à l’habitat pour nous changer, nous doucher et nous préparer pour le dîner. Ensuite, nous avons eu une vidéotéléconférence avec notre équipe de soutien à la surface, en poste au pupitre de surveillance (contrôle de mission de la NOAA). Après l’examen des réalisations techniques de la journée et les discussions sur le programme du lendemain, nous avons eu l’occasion de bavarder avec Joe au sujet de l’importance de la recherche sous-marine et spatiale pour l’appréciation et l’étude de la diversité de la vie qui évolue sur notre planète, laquelle se caractérise par une étonnante complexité. Nous achevons présentement d’étayer le dossier des activités de collecte de données, de réunir nos photos numériques et de vérifier nos courriels avant de nous préparer pour la nuit. À mon avis, il n’y a rien de plus stimulant que de participer à des projets scientifiques dans l’espace ou au fond des mers! C’est véritablement un grand honneur pour moi que de participer à la première mission conjointe NASA/NOAA à l’intérieur d’Aquarius.

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Journal d’un océanaute – Jour 3 de la mission

Nous nous sommes réveillés à 6 h ce matin au son des alarmes de nos montres qui retentissaient dans une cacophonie totale. L’éclairage de nuit étant très réduit dans la station, la première chose que nous voyons au réveil est le spectacle offert à travers le hublot des quartiers de repos, où les poissons mangent le plancton en suspension dans l’océan. Les reflets intermittents des silhouettes argentées des barracudas nous rappellent qu’ils ne sont jamais bien loin. Alors que dans l’espace, le contrôle de mission nous envoie de la musique pour nous réveiller, la situation est très différente ici, où le réveil se fait plus graduellement. La première activité de la journée consiste à préparer le café pour l’équipage. La réserve de café diminue et nous espérons en recevoir une livraison provenant de la surface plus tard aujourd’hui.

Nous avons profité du déjeuner pour discuter de l’horaire de la journée. Le menu de ce matin était plutôt léger : barre tendre, quiche aux légumes et fromage, taco et salsa et compote de pommes. Notre équipe de soutien à la surface s’est jointe à nous à 7 h 30 par vidéoconférence. Nous avons discuté de l’horaire de la journée pour chaque équipe d’océanautes et nous avons longuement planifié la procédure à suivre pour l’événement éducatif prévu pour plus tard aujourd’hui. En principe, Bill et moi devions faire une EVA (séance de plongée) tôt ce matin, mais nous l’avons annulée pour pouvoir aider Ryan à tout préparer dans la station en vue de ce premier événement. Cette activité multimédia est coordonnée par la Ball State University, PBS et la NASA et s’appelle Journey to the Space Station (Une aventure sur la Station spatiale). Puisque qu’il s’agit d’un environnement tellement semblable à celui qu’offre la Station spatiale, on nous a demandé de participer à cette activité.

À 10 h, nous étions en compagnie de Mike G. et de Mike L.A., qui se trouvaient à l’extérieur de la station et qui regardaient par le hublot près de la table de la cuisine, dans la section principale de la station. Nous avons pris de très bonnes photos de nos deux comparses à l’intérieur et à l’extérieur de la station en attendant d’être en ligne avec le JSC et Houston. Une fois la connexion établie, nous avons pu répondre à plusieurs questions d’élèves intéressés par nos activités scientifiques et notre mode de vie à bord de la station sous-marine. Après cette activité, nous avons appris qu’environquatre millions d’élèves avaient participé à l’événement. C’est très motivant de savoir qu’un si grand nombre de jeunes ont pu partager notre enthousiasme à l’idée d’utiliser les habiletés que nous avons développées pour exécuter des tâches scientifiques complexes dans l’espace et de les mettre à profit dans un tout nouvel environnement afin de participer à la recherche maritime avec les meilleurs scientifiques au monde. De l’espace extra-atmosphérique à l’espace atmosphérique qu’est le monde sous-marin, nous découvrons la diversité et la complexité de la vie, et admirons la grande beauté de notre planète.

Après l’activité éducative, Mike et Mike sont revenus à l’intérieur pour dîner avec nous. Soupe aux nouilles, grignotines, barres tendres et compote de pommes. À 12 h 30, nous avons enfilé nos habits de plongée pour l’activité éducative de l’après-midi. Cette fois-ci, Bill et moi sommes sortis et Mike et Mike sont restés à l’intérieur pour répondre aux questions des élèves. L’événement semble s’être bien déroulé, quoique Bill et moi n’ayons entendu que certaines des questions relayées dans notre casque d’écoute. En attendant le début de l’activité, nous avons admiré les poissons de récifs qui circulaient et jouaient avec nous. La beauté de leurs couleurs et l’intérêt qu’ils nous portaient étaient vraiment surprenants; ils nous ont divertis alors que nous rôdions autour de la station. Une fois de plus, l’activité éducative a semblé générer beaucoup d’intérêt. Après l’événement, Bill et moi sommes partis vers le site S4 afin de prendre des échantillons d’eau pour une des expériences scientifiques que nous effectuons.

La collecte d’échantillons fut brève. Nous avons rempli trois seringues avec l’eau de mer à environ un mètre au-dessus du fond de sable et nous avons mis nos échantillons dans le sac que nous transportions. Nous avons poursuivi notre chemin le long du câble S4 jusqu’à une profondeur de 27 mètres pour nous familiariser avec les lieux dans cette zone. Après le temps que nous avons mis pour revenir le long du câble S4 jusqu’à la station, il était temps de remplir nos bonbonnes avant de continuer notre expédition. Nous avons remis nos échantillons d’eau à Otter (Mark) pour qu’il les mette au frais.

Après avoir rempli nos bonbonnes, nous sommes repartis pour faire une vérification de nos casques d’écoute avec le contrôle de mission à Houston, pendant que Mike G. et Mike L.A. s’habillaient pour venir nous rejoindre et pour compléter avec nous des expériences scientifiques sur les récifs. Les masques Kirby Morgan Supermask ont très bien fonctionné et nous pouvions facilement communiquer avec l’équipe du contrôle de mission jusqu’à environ 100 mètres de la station. Nous sommes retournés à la station pour rencontrer Mike et Mike. Nous avons ensuite longé le câble d’excursion NE pour installer d’autres transects (câbles pour la recherche) qui serviront à compter et à photographier les grosses formations de corail pour le Dr Miller.

Bill et moi sommes revenus à la station à 15 h 38, mettant fin à notre plongée pour cet après-midi. Après la douche, le nettoyage de notre équipement et l’accomplissement de nos tâches scientifiques, j’ai décidé de faire une petite sieste avant la réunion de l’heure du souper.

La réunion par vidéoconférence a commencé à 18 h 15 et nous avons discuté des réalisations scientifiques de la journée avant d’entreprendre l’horaire de demain. Nous avons mangé durant la réunion. Au menu : haricots verts, pommes de terre et dinde fumée. Pendant que nous faisions du rangement dans la station, l’équipage s’est mis à discuter des similarités et des différences de la vie d’un océanaute et d’un astronaute. C’est fascinant de pouvoir faire la transition d’un rôle à l’autre, et je me considère très chanceux de pouvoir admirer le monde à partir de ces deux points de vue si uniques.

J’ai hâte à demain soir, lorsque nous ferons notre première séance de plongée de nuit! Ce sera sûrement amusant.

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Journal d’un océanaute – Jour 4 de la mission

Réveil à 7 h ce matin, ce qui est un peu plus tard qu’à l’habitude. Bill et moi avons déjeuné rapidement (café, barres aux fruits et fruits) et avons enfilé nos habits de plongée pour entamer notre première séance de plongée à 7 h 30. La première tâche consistait à recueillir trois échantillons d’eau pour l’expérience d’analyse de l’eau. Nous avons rapporté les échantillons à la station pour qu’ils soient mis au frais. Nous sommes ensuite repartis le long du câble d’excursion NE et avons déployé un autre câble vers le NO pour continuer l’expérience de communication que nous avons commencée plus tôt au cours de la mission. La visibilité aujourd’hui n’était pas aussi bonne qu’hier. En nous éloignant le long du câble, nous avons perdu le contact visuel avec la station à 25 mètres de distance. Vers 8 h 40, nous étions revenus à la station pour nous préparer en vue de l’activité éducative impliquant plusieurs écoles dont le Marc Garneau Collegiate Institute, à Toronto. Ryan a fait de l’excellent travail pour que tout soit prêt à temps pour l’événement. Bill et moi sommes restés à l’intérieur pour répondre aux questions des élèves et Mike G. et Mike L.A. sont allés à l’extérieur, tout en restant disponibles pour répondre aux questions.

Lorsque l’événement éducatif s’est terminé, c’était l’heure du dîner. Aujourd’hui, nous avons mangé des tortillas au fromage fondu, des fruits déshydratés et de la compote de pommes et nous avons bu du Gatorade. Nous avons passé l’après-midi à prendre des photos de l’équipage et à compléter l’expérience de surveillance environnementale visant à mesurer le niveau de bruit dans les différentes parties de la station. La station donne l’impression d’être plutôt silencieuse et les mesures du niveau de bruit nous ont confirmé cette première impression. En fait, lorsque nous nous couchons le soir, nous pouvons même entendre les bruits qui proviennent des récifs et qui sont transmis à travers les parois de la station, ce qui nous endort.

Notre horaire comprenait une période de repos à la fin de l’après-midi, juste avant la réunion, afin de nous permettre d’être reposés pour la plongée de nuit qui était prévue de 19 h 30 à 21 h 30. Nous avons soupé pendant la vidéoconférence, lors de laquelle nous avons complété l’horaire de demain. À 19 h, nous avons commencé à nous préparer pour la plongée et nous avons soigneusement vérifié tout l’équipement et les torches avant de commencer la séance d’instructions. À 19 h 30, nous avons commencé la séance de plongée avec les quatre océanautes de notre équipe, rejoints par trois plongeurs (Mark, Monika et Tim) de l'équipe de soutien à la surface. Chaque plongeur avait une marque luminescente à l’arrière de sa bonbonne en plus d’une torche de plongée et d’une torche supplémentaire dans la poche de son harnais de plongée. Pendant que le groupe nageait le long du câble d’excursion, je regardais parfois derrière moi pour apercevoir une longue filée de plongeurs éclairés seulement par leurs torches et les marques luminescentes sur leurs bonbonnes. Le plancton luminescent était stimulé par nos déplacements dans l’eau, ce qui créait des nuages scintillants autour de chaque plongeur. Le spectacle fut encore plus spectaculaire lorsque nous avons éteint nos torches pour laisser nos yeux s’adapter à la noirceur.

Nous avons suivi le câble d’excursion SE jusqu’au pinacle et nous avons admiré la vue du récif en pleine nuit. Un gros homard fut surpris par le faisceau de lumière de ma torche et s’est vite dirigé vers une formation de corail pour s’y cacher. Nous avons scruté la noirceur à la recherche de plus gros poissons, mais nous n’avons rien vu de différent de ce que nous avons observé durant le jour. Après avoir rempli nos bonbonnes à la station intermédiaire du pinacle, Bill et moi sommes revenus sur nos pas le long du câble d’excursion. Environ à mi-chemin de la station, nous avons attaché une marque luminescente sur le câble d’excursion et sommes partis explorer les récifs adjacents avec notre rouleau de câble de sécurité. Les torches éteintes, nous avons observé la vie marine qui nous entourait et tourné la tête vers le haut, pour regarder nos bulles tracer un chemin luminescent en remontant vers la surface, un endroit qui nous est interdit. Ce fut vraiment une expérience mémorable, comme la plupart des séances de plongée nocturnes. La pression de nos bonbonnes étant passée sous les 1500 psi, nous sommes retournés à la station. Nous avons tout de même pris le temps de prélever un dernier échantillon d’eau avant de rentrer.

Ce soir, nous ferons d’agréables rêves nous rappelant notre plongée nocturne sur le récif. Imaginez un rêve où vous flottez dans l’espace et sous l’eau dans une même nuit!

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Journal d’un océanaute – Jour 5 de la mission

Nous avons bien dormi cette nuit et nous nous sommes réveillés ce matin avec les souvenirs de notre plongée nocturne. Une période d’attente de 12 heures à l’intérieur de la station est nécessaire après des séances de plongée multiples dans une même journée. C’est pourquoi notre première séance de plongée de la journée ne pouvait donc pas commencer avant 9 h 30 ce matin, ce qui correspond à 12 heures après la fin de notre plongée nocturne. Aucun de nous n’avait réglé son réveil et nous nous sommes réveillés entre 8 h 30 et 8 h 50. Bill et moi avons déjeuné rapidement (café et gruau instantané) et nous avons commencé à enfiler nos habits de plongée. À 9 h 32, nous sortions de la station pour nager le long du câble S4 et recueillir les premiers échantillons d’eau de la journée. La visibilité était bonne ce matin et nous pouvions voir à environ 15 mètres devant nous en nageant vers le site d’échantillonnage, situé à 18 mètres de profondeur, au fond du récif. Bill et moi avons dégonflé notre correcteur de lestage et sommes descendus lentement vers le fond par un mouvement vertical progressif, pour nous poser doucement sur le sable. Nous avons prélevé trois échantillons et avons aussi pris des photos numériques pour documenter la collecte des données. Après avoir rempli les seringues, nous sommes retournés à la station pour faire filtrer les échantillons et les mettre au frais, conformément au protocole de recherche.

Le deuxième partie de notre séance de plongée consistait à suivre le câble d’excursion SE pour installer des transects pour Mike et Mike dans le cadre de l’expérience scientifique sur le corail. Après la plongée nocturne de la veille dans la même zone, le terrain nous était familier mais ne semblait pas aussi désert et menaçant que le soir précédent. Nos bulles ne faisaient plus un tracé luminescent en remontant à la surface et la visibilité était nettement meilleure que dans l’obscurité. Nous avons complété nos tâches et sommes retournés à la station à temps pour nous préparer à une autre activité éducative. Celle-ci était coordonnée par le Centre spatial Johnson et utilisait le NASA Quest, un site Internet interactif où les élèves peuvent poser des questions par Internet. Nous avons eu beaucoup d’excellentes questions et les élèves semblaient particulièrement intéressés par les différences et les ressemblances entre la vie sous l’eau et la vie dans l’espace. Bill et moi étions à l’intérieur de la station pour répondre aux questions et Mike G. et Mike L.A. ont répondu à quelques questions de l’extérieur de la station en utilisant leur casque d’écoute. Ils sont ensuite retournés le long du câble d’excursion SE pour continuer l’expérience sur le récif.

Après le dîner et le rangement, Bill et moi nous sommes reposés un peu avant d’enfiler nos habits pour une deuxième séance de plongée à 15 h, qui était la suite de l’expérience scientifique sur le récif. Nous sommes revenus à la station à 16 h 40 pour une communication avec l’équipage de la Station spatiale internationale. Nous avons éprouvé des retards et des difficultés techniques pour établir la communication, mais Mike G. et Mike L.A. ont finalement réussi à avoir une conversation de 10 minutes avec l’équipage de l’ISS et l’équipage de Soyouz qui est en visite. Bill et moi n’avons pas réussi à nous connecter de l’extérieur de la station à cause de problèmes techniques. Nous aurions aimé pouvoir communiquer avec l’espace depuis l’extérieur de la station. Cela aurait certainement été très excitant!

Nous sommes revenus à l’intérieur de la station à 18 h et avons pu saluer brièvement Mark et Monica, qui étaient dans le gazebo lorsque nous sommes arrivés. Ils allaient très bien et c’était amusant de leur parler alors que nous étions dans ce refuge rempli d’air, à 15 mètres sous la surface.

Après avoir nettoyé notre équipement, pris notre douche et fait notre toilette, nous avions bien mérité de nous asseoir pour le souper et de nous reposer après cette longue journée de travail. Demain, nous commencerons la longue période de décompression de 17 heures avant de remonter à la surface, mais nous avons hâte à la dernière séance de plongée de notre mission, de 7 h à 8 h 30. La mission tirant à sa fin, je commence à penser plus souvent au monde de la surface. Les éclairs de l’orage qui sévit à la surface rappellent à tout l’équipage cet autre monde que nous avions tous un peu oublié durant notre séjour sur le récif. Tout en ayant hâte de revoir mon épouse Cathy et mes enfants Evan et Olivia, j’envisage déjà l’occasion de revisiter Aquarius et de saluer mes nouveaux amis rencontrés sur le récif.

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Journal d’un océanaute – Jour 6 de la mission

Nous nous sommes réveillés tôt ce matin afin de pouvoir commencer notre plongée sur le récif avant l’aube. Mike G. et Mike L.A. se sont levés à 5 h 30 pour déjeuner et se préparer à plonger à 6 h 30. Bill et moi nous sommes levés à 5 h 45, avons mangé rapidement puis nous sommes habillés à 6 h 30 pour plonger à 7 h. J’ai mangé du gruau, une pomme et bu du Gatorade avant de me diriger vers la plateforme d’entrée et de sortie, encore un peu endormi. Cependant, le fait d’enfiler une combinaison de plongée froide et mouillée est une excellente façon de se réveiller le matin!

L’eau était encore obscure, comme lors de notre plongée de nuit, lorsque nous sommes descendus pour mettre nos bonbonnes. Encore une fois, nous avons fixé des bandes luminescentes sur nos bonbonnes pour être plus visibles sous l’eau. Nous avons revérifié tout notre équipement, nos lampes de poche principales et de réserve et sommes sortis pour rejoindre Mike et Mike. Le but de cette plongée était de suivre le câble d’excursion SE jusqu’à une zone située près de la station intermédiaire du pinacle afin de continuer les travaux scientifiques que nous avions commencés hier sur le récif.

Pendant notre parcours, l’eau a commencé à s’éclairer à l’est et en levant les yeux, nous pouvions voir le Soleil pénétrer l’eau jusqu’à nous, à 15 mètres de profondeur. Il ne semblait pas y avoir beaucoup d’activité sur le récif, comme si les poissons étaient encore endormis avant de commencer une nouvelle journée. Un groupe de barracudas est passé en formation à 4,6 mètres à notre gauche et légèrement derrière nous, semblant n’accorder aucune importance au fait que nous étions beaucoup plus gros qu’eux. La bioluminescence n’était pas aussi marquée que durant notre plongée de nuit. C’est probablement parce que le Soleil était maintenant au-dessus de la ligne d’horizon. Rapidement, la lumière s’est propagée et la vie s’est activée sur le récif.

Nous sommes arrivés à la station intermédiaire du pinacle et y sommes entrés avant de commencer à photographier et documenter l’état de santé du corail aux alentours des transects que nous avions installés la veille. À quatre océanautes, la collecte de données a été beaucoup plus rapide et nous avons pu terminer deux transects et toute une bande de terrain avant l’heure du retour à la station. En revenant, je ne pouvais m’empêcher de penser que c’était notre dernière plongée en groupe pour cette mission. Après une semaine sous l’eau, nos mouvements sont beaucoup plus fluides et nous savons instinctivement quelles sont nos tâches respectives lorsque nous travaillons ensemble. C’est avec regret que je quitterai cette équipe. Ce fut une excellente expérience. Nous avons fait une pause pour nous photographier mutuellement et pour observer les anguilles et les homards qui vivent sous les formations de corail. En arrivant sur la plateforme d’entrée et de sortie, j’ai eu l’impression que c’était la meilleure séance de plongée de la mission, et que je m’en souviendrais très longtemps.

Après avoir nettoyé notre équipement et nous être habillés, nous nous sommes rapidement préparés pour un événement interactif avec l’école Webster Intermediate de Houston. Comme nous sommes maintenant assez habitués aux préparatifs pour ces événements, nous avons réussi à manger un peu et à tout préparer en 15 minutes. Cette fois-ci, nous avons fait l’entrevue avec les quatre océanautes à l’intérieur de la station et tout s’est bien déroulé. En effet, nous avons tous eu la chance de répondre à une multitude de questions posées par les élèves. Ce fut ensuite l’heure du dîner et le début d’une longue tâche de nettoyage de la station et de préparation pour la période de décompression, d’une durée de 17 heures, afin de ramener la station à une pression atmosphérique équivalente à celle du niveau de la mer.

C’est un processus assez complexe durant lequel nous avons fermé les portes étanches entre le sas d’entrée et la plateforme d’entrée et de sortie. Ceci a permis d’isoler la plateforme d’entrée et de sortie du sas d’entrée, du compartiment principal et des quartiers de l’équipage afin de pouvoir maintenir la pression de la plateforme d’entrée et de sortie à une pression équivalente à 14,6 mètres de profondeur. Ainsi, elle ne se remplirait pas d’eau pendant que nous amenions le reste de la station à une pression équivalente à celle du niveau de la mer.

Ce processus se fait graduellement afin d’éviter aux océanautes de souffrir du mal de décompression, un problème médical causé par l’azote libre circulant dans notre sang et formant des bulles de gaz lorsqu’on procède trop rapidement à la décompression. Nous avons commencé le processus à 16 h par une série de séances de respiration d’oxygène de 20 minutes, servant à éliminer l’azote dans notre corps, entrecoupées par des intervalles de respiration d’air pour éviter des problèmes d’intoxication à l’oxygène. Le protocole exigeait deux séances de 20 minutes et une séance finale de 30 minutes. Nous étions tous heureux d’en finir avec cette étape du protocole, car les masques étaient très étanches et l’oxygène nous asséchait le nez et la bouche en le respirant.

Nous nous sommes installés dans nos couchettes pour écouter des films jusqu’à l’heure du coucher afin de faciliter la circulation dans nos bras et nos jambes, ce qui aide à éliminer l’azote. Je me suis endormi vers 22 h. Nous devions nous réveiller à 4 h 30 le lendemain pour terminer le protocole et nous préparer à fermer la station afin d’y ramener une pression équivalente à celle d’une profondeur de 14,6 mètres. Étendu sur mon lit, je me sentais comme la veille de mon retour de l’espace, pour atterrir au Centre spatial Kennedy après 16 jours de mission. Je n’étais pas vraiment prêt à revenir, j’avais très envie de rester dans la station. Mais j’avais également très envie de revenir à la surface et de revoir mes amis et ma famille pour raconter ce que j’ai vécu en tant qu’habitant du récif durant cette courte période. Ce fut une expérience vraiment extraordinaire.

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Journal d’un océanaute – Jour 7 de la mission

Nous nous sommes réveillés à 4 h 30 ce matin, car c’était notre dernière chance d’utiliser la salle de bain dans le sas d’entrée. En effet, quand la pression à l’intérieur de la station sera équivalente à celle du niveau de la mer, nous ne pourrons plus tirer la chasse d’eau vers le réservoir, car cette opération est possible grâce à une différence de pression entre la station (plus grande pression) et la bouée d’équipement de vie (moins grande pression). Le fait d’amener la pression à l’intérieur de la station à un niveau équivalent à la pression au niveau de la mer élimine la différence de pression nécessaire pour pouvoir tirer la chasse d’eau.

Malgré l’inconvénient d’avoir essayé de dormir sur le dos avec les jambes et les bras allongés, j’ai quand même eu une assez bonne nuit de sommeil. Nous avions beaucoup de pain sur la planche, car nous devions aider Ryan et Mark à compléter la longue liste de tâches à faire avant de pouvoir augmenter à nouveau la pression à l’intérieur de la station jusqu’à ce qu’elle corresponde à 14,6 mètres de profondeur, ce qui nous permettra de sortir et de nager jusqu’à la surface. Cela m’a rappelé la phase de préparation à la désorbitation avant de revenir sur Terre, pendant laquelle l’équipage doit faire un travail d’équipe pour compléter la longue série de tâches qui précèdent la propulsion de désorbitation.

En nettoyant et en rangeant la nourriture, nous avons choisi ce qui nous plaisait pour le déjeuner et pour grignoter durant les préparatifs. Toute la literie des couchettes devait être retirée et ramenée à la surface pour le lavage. Après avoir retiré les draps, nous avons déplacé les matelas pour pouvoir nettoyer les couchettes avec un désinfectant spécial afin de réduire les risques de contamination microbienne, comme après chaque mission à bord de la Station spatiale internationale. Après avoir nettoyé les couchettes, nous devions laver toutes les surfaces de la station. Nous avons commencé près des couchettes, en lavant les murs de la coque sous pression et les compartiments adjacents aux couchettes, où nous rangions nos affaires personnelles. Nous avons continué jusqu’au compartiment principal et terminé par le sas d’entrée, de façon à ce que toutes les surfaces aient été lavées.

Pendant cette tâche, nous avons également fait un inventaire de la nourriture et des articles médicaux qu’il restait. Les efforts coordonnés des quatre océanautes et des deux techniciens de la station nous ont permis de terminer toutes nos tâches à 7 h 45. La recompression de l’atmosphère de la station à 14,6 mètres de profondeur n’étant prévue que pour 8 h 30, nous avions le temps de profiter pleinement des derniers instants de cette mission.

En regardant par les hublots, nous avons observé les poissons qui sont devenus des visiteurs quotidiens à la station. Après notre départ de la station, ils seront encore là, car ils sont chez eux sur le récif. Tout comme lorsque nous sommes dans l’espace, ceci nous rappelait que malgré la chance que nous avons de visiter ces deux extrêmes en matière d’environnement hostile, nous ne sommes toutefois que des visiteurs et nous devons éventuellement retourner à la surface de la Terre. Alors que les missions spatiales causent chez tous les astronautes une prise de conscience de la fragilité et de la beauté de notre planète, j’ai été tout aussi impressionné à titre d’océanaute face à la fragilité et à la diversité de la vie sur le récif.

Le temps a passé très vite et vers 8 h 20 nous nous sommes dirigés vers le sas d’entrée et avons fermé la porte menant au compartiment principal afin d’entamer notre retour vers la surface. Avec un bruit assourdissant, la pression atmosphérique a augmenté, créant une pression dans nos oreilles et nous forçant à équilibrer cette pression souvent. La température de l’air dans le sas d’entrée a également beaucoup augmenté à cause de la compression et nous avons retrouvé le ton de voix auquel nous nous étions habitués durant la mission.

La porte de la plateforme d’entrée et de sortie fut ouverte lorsque la pression des deux compartiments fut égalisée. Nous sommes alors sortis pour saluer les plongeurs qui nous attendaient pour nous aider à remonter jusqu’à la surface. Pour cette ascension, nous ne portions pas de combinaison de plongée, ni notre équipement de plongée. Nous portions seulement notre masque et nos palmes et une petite bonbonne d’oxygène de secours munie d’un détendeur, nous fournissant suffisamment d’air pour nous rendre jusqu’à la surface.

La lumière filtrait à travers l’eau turquoise. Elle étincelait autour de nous, et faisait briller les écailles du barracuda dont la présence était devenue normale lorsque nous nagions autour de la station. Nous avons suivi le câble d’excursion S4 sur une courte distance avant de nager jusqu’au câble de la bouée d’amarrage, puis de remonter lentement jusqu’à la surface. Le fait de nager sans mon équipement de plongée me semblait étrange au début, mais je me suis vite senti plus libre que lorsque je porte les deux bonbonnes de 2,8 m3 utilisées lors de toutes nos séances de plongée.

En approchant du bateau, nous avons rapidement compris que notre baignade tranquille changerait de style avec ces vagues de 1,2 à 1,8 mètre qui faisaient tanguer le bateau dans toutes les directions. Les vagues soulevaient la plateforme arrière sur laquelle nous devions grimper avant qu’elle ne s’enfonce à nouveau sous la surface de l’eau. Après une aussi longue mission fructueuse, il aurait été incongru de faire une erreur et de se blesser en montant à bord du bateau. C’est pourquoi je fus soulagé lorsque tous les membres de l’équipage furent montés à bord sans incident.

La mission était terminée. Malgré notre désir de rester plus longtemps dans la station, nous étions tous heureux d’être à bord de ce bateau et de respirer la fraîcheur de l’air marin en admirant la beauté du ciel bleu. À cause des grosses vagues qui se cassaient en formant des moutons, nous avons mis plus de temps qu’à l’habitude pour nous rendre jusqu’à la côte. En arrivant au quai, Bill s’est empressé de nous féliciter pour cette mission réussie. Ce fut un honneur de faire partie de cette première mission scientifique conjointe de la NASA et de la NOAA. C’était la première mission de la NASA dans un habitat sous-marin depuis le programme Tektite il y a plus de 30 ans. Mike G., Mike L.A. et moi-même nous considérons comme privilégiés de faire partie du groupe très restreint des explorateurs qui ont eu la chance de visiter l’espace extra-atmosphérique et l’espace atmosphérique.

Dernières réflexions :

Dans ce journal, j’ai tenté de mon mieux de vous transmettre la sensation procurée par la vie et le travail dans les profondeurs de l’océan. Un des objectifs de notre mission était d’évaluer l’avantage possible qu’offre l’environnement sous-marin pour préparer les astronautes aux difficultés d’un séjour prolongé dans l’espace. La mission a clairement atteint cet objectif.

D’un point de vue personnel, il m’a semblé que la station était l’environnement terrestre qui ressemblait le plus à l’environnement spatial. Notre équipage désirait fortement atteindre les objectifs scientifiques de la mission, tout comme lorsque nous sommes dans l’espace. C’était une expérience valorisante que de jouer un rôle scientifique, en collectant des données qui aideront les chercheurs dans leur quête de savoir.

L’environnement, qui semble si beau et si tranquille, n’est pas moins hostile que l’espace extra-atmosphérique, et chaque membre de l’équipage comprenait parfaitement que la moindre erreur pouvait avoir des conséquences catastrophiques. Toutefois, nos souvenirs impérissables seront certainement tous liés à l’exploration des beautés de cet environnement unique.

J’espère que non seulement aurons-nous augmenté nos connaissances scientifiques de cet environnement, mais que nous les utiliserons pour communiquer et partager sa beauté et le besoin de le protéger, afin que les prochaines générations puissent en bénéficier.